Blog › Fèt Kaf

Fèt Kaf, le 20 décembre à La Réunion : histoire, sens et traditions

Publié le 16 octobre 2026

Chaque 20 décembre, La Réunion célèbre la Fèt Kaf, la fête de la liberté. Ce jour férié commémore l'abolition de l'esclavage, entrée en vigueur sur l'île le 20 décembre 1848. C'est l'un des moments les plus forts de l'année : un jour de mémoire, de fierté et de fête, rythmé par le maloya. En 2026, la Fèt Kaf tombe un dimanche 20 décembre. Voici son histoire, le sens de son nom, ses traditions, et les mots créoles pour en parler.

Le 20 décembre 1848 : la fin de l'esclavage à La Réunion

Le 27 avril 1848, la Deuxième République adopte le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, porté par Victor Schœlcher. À La Réunion, qui s'appelle alors l'île Bourbon, son application est confiée au commissaire de la République Joseph Sarda Garriga.

Arrivé sur l'île en octobre 1848, Sarda Garriga promulgue le décret, qui prend effet le 20 décembre 1848. Ce jour-là, environ 60 000 personnes réduites en esclavage deviennent libres. Leur liberté reste pourtant difficile à vivre : beaucoup sont contraints de continuer à travailler sous contrat, et les planteurs font venir, dans les décennies qui suivent, des travailleurs engagés d'Inde, de Madagascar, d'Afrique et d'ailleurs.

En créole, on le dit simplement :

« Lesklavaz la aboli an 1848. » (L'esclavage a été aboli en 1848.)
« La libèrté la vni an désanm. » (La liberté est venue en décembre.)

Pourquoi l'appelle-t-on « Fèt Kaf » ?

En créole réunionnais, Fèt Kaf veut dire « fête des Cafres ». Le mot Kaf désigne les Réunionnais d'origine africaine et malgache, dont beaucoup descendent des personnes réduites en esclavage. Ce terme, né à l'époque coloniale, a été réapproprié : dire Fèt Kaf, c'est affirmer avec fierté la mémoire des ancêtres et de leur combat pour la liberté. On parle aussi de fête de la liberté, ou simplement du « 20 désanm ».

« Lo vint désanm, sé la Fèt Kaf. » (Le vingt décembre, c'est la Fête Kaf.)

Un jour férié depuis 1983

Pendant longtemps, le 20 décembre a été célébré par la population sans être reconnu officiellement. La loi du 30 juin 1983 a fait de la commémoration de l'abolition de l'esclavage un jour férié dans les départements d'outre-mer, et le décret du 23 novembre 1983 en a fixé la date à La Réunion : le 20 décembre. Chaque territoire a sa propre date, liée à son histoire : le 22 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, par exemple.

Le maloya, la voix de la Fèt Kaf

Impossible de parler de la Fèt Kaf sans parler du maloya. Cette musique est née chez les esclaves, puis chez les engagés, qui y chantaient leur douleur, leurs espoirs et la mémoire de leurs origines. Longtemps mal vu, le maloya a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2009. Il se joue avec des instruments emblématiques : le roulèr (gros tambour), le kayamb (hochet plat) et le pikèr (bambou frappé).

« Lo maloya i gard la mémwar. » (Le maloya garde la mémoire.)

Comment fête-t-on la Fèt Kaf ?

Loin du péi, la diaspora réunionnaise fête aussi le 20 décembre : dans l'Hexagone, des associations organisent des kabars et des rencontres pour faire vivre cette mémoire.

Les marrons, héros de la liberté

Bien avant 1848, des esclaves ont conquis leur liberté en s'enfuyant dans les montagnes et les cirques de l'intérieur de l'île : on les appelle les marrons. Leur souvenir est partout à La Réunion, jusque dans les noms de lieux. Plusieurs sommets et sites portent le nom de marrons célèbres, comme le piton d'Anchaing à Salazie, le Dimitile ou le Cimendef.

« Bann maron té kashé dann montany. » (Les marrons se cachaient dans la montagne.)

Les mots créoles de la Fèt Kaf

Créole réunionnaisFrançais
Fèt KafLa fête de la liberté (20 décembre)
La libèrtéLa liberté
LesklavazL'esclavage
Lo maronL'esclave en fuite (le marron)
Lo maloyaLe maloya
Lo kabarLe kabar, la soirée maloya
Bann zansètLes ancêtres
Nout rasineNos racines
Fo pa bliyé nout rasine.Il ne faut pas oublier nos racines.
Lo vint désanm nou fé la fèt ?Le vingt décembre, on fait la fête ?
Biensir ! Sé la Fèt Kaf, fo sélébré.Bien sûr ! C'est la Fête Kaf, il faut célébrer.

Le créole réunionnais s'écrit de plusieurs façons : ici, une façon d'écrire parmi d'autres.

Le créole, une mémoire vivante

Le créole réunionnais est lui-même né de cette histoire : c'est la langue qui s'est forgée dans les plantations, entre des personnes venues de mondes différents et qui devaient se comprendre. Parler créole, c'est porter un peu de cette mémoire. La lang kréol sé nout idantité : la langue créole, c'est notre identité.

Si tu veux apprendre ou réapprendre le créole réunionnais, Koz Kréol te propose des leçons courtes avec de vraies voix réunionnaises, dont des leçons consacrées à l'histoire, aux traditions et au maloya.

📲 Apprendre le créole avec Koz Kréol (gratuit)

Questions fréquentes

Que célèbre-t-on le 20 décembre à La Réunion ?

L'abolition de l'esclavage, entrée en vigueur sur l'île le 20 décembre 1848. On l'appelle Fèt Kaf ou fête de la liberté.

Le 20 décembre est-il férié à La Réunion ?

Oui, depuis la loi du 30 juin 1983 et le décret du 23 novembre 1983. En 2026, il tombe un dimanche.

Que veut dire Fèt Kaf ?

« Fête des Cafres » : le mot Kaf désigne les Réunionnais d'origine africaine et malgache. Le terme, né à l'époque coloniale, a été réapproprié avec fierté.

Qu'est-ce qu'un kabar ?

Une soirée de maloya, souvent en plein air, où l'on chante, joue et danse ensemble, parfois jusqu'au matin. Nana in kabar samdi swar : il y a un kabar samedi soir.

Bonn Fèt Kaf a zot tout. Fo pa bliyé nout rasine. 💛

👉 À lire aussi : la Journée internationale du créole et Dipavali 2026 à La Réunion.